Beethoven et les Symphonies du Futur

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   Article du 25 janvier 2015 par Mathieu Dellon
Ludwig van Beethoven
Introduction

Les seuls portraits retrouvés de Beethoven nous montrent une personne au regard sérieux et intense, une personne au caractère fort et prononcé. Il suffit d’entendre sa musique, particulièrement ses symphonies, pour réaliser à quel point cela est vrai.

En étudiant d’encore plus près sa vie et ses oeuvres, quelques théories émergent sur sa perception de la musique et surtout sur ses intentions. Selon lui, le moyen le plus efficace de captiver une audience serait de ne jamais lui laisser de répit, traduit en musique par des éléments de surprises omniprésents. Cependant il est possible qu’il ait eu une idée encore plus profonde à ce sujet.

Pour cela, nous devons repartir en 1815!

Le Métronome

Le métronome, surnommé « engin de torture » par la plupart de mes élèves, fut inventé par Johann Maelzel en 1815. C’est un simple appareil qui permet aux musicien de garder un tempo stable. Ce tempo est règlable allant généralement de 40 à 208 pulsations par minutes.

Il se trouve que monsieur Maelzel connaissait Beethoven et en 1817, il s’empressa de lui donner un métronome pour avoir son avis.

Beethoven fut donc un des tous premiers musiciens à utiliser le métronome. Cependant, musicien dans l’âme, il fut réticent à l’idée d’une musique au rythme « artificiel », cela ne correspondait pas du tout à sa perception de la musique. Ce débat est d’ailleurs toujours d’actualité! Il faut tout de même noter que Beethoven, à ce moment, était un musicien accompli sur la fin de sa carrière: il avait déjà composé huit symphonies !

Métronome à balancier
Trop Vite! Trop Vite!

Quoiqu’il en soit, quelques temps plus tard, il eut probablement comme une vision du potentiel de l’instrument. Il reprit toutes ses symphonies pour y ajouter des tempos métronomiques.

Ces tempos sont encore notés sur les partitions aujourd’hui mais ils semblent très étranges et clairement pas raisonnables ! Ces tempos sont d’une vitesse phénoménale et personne n’oserait jouer ces symphonies ainsi,

car même avec beaucoup d’entrainement, ce serait réellement difficile techniquement sans même parler d’interprétation, de musicalité, etc.

Certains de ces tempos seraient probablement « jouables », mais ils donneraient tout de même cette sensation étrange, presque désagréable, qui nous ferait dire « trop vite! Ca va trop vite! »

Le Mystère

La question se pose donc naturellement. Les symphonies de Beethoven ne sont pas des études, ce sont des oeuvres complètes, riches, étudiées. Alors, pourquoi exiger de le jouer si vite? Quelques personnes se sont penché sur ce mystère. Trois hypothèses principales ont vu le jour avec le temps :

La première serait simplement que le métronome de Beethoven était défectueux dans le sens où les numéros auraient été mal placés, le laissant ainsi « décaler » ses tempos. Il se trouve cependant que ce fameux métronome a été retrouvé et testé. Il semble encore fonctionner parfaitement!

La deuxième hypothèse serait que Beethoven aurait bien marqué des tempos que l’on considèrerait raisonnables de nos jours mais que ses assistants auraient perdu ses modifications avant de les donner à son éditeur. Ils auraient donc eu à réécrire les tempos en hâte, faisant ainsi des erreurs. Hypothèse tellement peu réaliste qu’il n’y a guère d’intérêt à l’étudier.

Dans sa Tête…
Comment est l'accoustique ici?

La troisième hypthèse est, elle, plus intéressante. Elle se base sur le fait que, à cette époque, Beethoven était déjà atteint de surdité sévère et elle se base aussi sur la notion que nous n’entendons pas les sons de la même façon selon la pièce où nous nous trouvons.

Par exemple, dans un très grand hall, ou une grande église, les sons résonnent énormément et deviennent de plus en plus « flous », moins clairs

et ont tendance à se chevaucher facilement.

Par conséquent, dans ce genre de lieux, nous préférons ralentir le tempo pour éviter aux notes de trop se mélanger et ainsi préserver les mélodies/sonorités.

Etant sourd, Beethoven n’entendait plus la musique que « dans l’espace » de sa tête, probablement un lieu où les sons étaient très purs, crystalins, et ce, peu importe le tempo.

Il s’est donc, peut-être senti naturellement poussé à accélerer les tempos.

En imaginant que cette hypothèse serait correcte, pourquoi aurions-nous tant de peine à accepter de jouer ses symphonies selon ces tempos, si c’est ainsi qu’il les entendait. En quoi cela serait-il mal vu ? Et pourquoi cela nous mettrait-il si mal à l’aise ?

La réponse à cette question est peut-être dans la quatrième hypothèse, secrète car pure spéculation.

Loi de Vierordt

Pour comprendre ce qui suit, il faut comprendre une loi jusqu’à présent, uniquement utilisée dans le domaine de la psychophysique. Il s’agit de la loi de Vierordt, du docteur autrichien du même nom : Karl von Vierordt.

Le principe fondamental de cette loi est que notre perception du temps varie. Il affirme que l’homme à tendance à surestimer les courtes périodes de temps et à sous-estimer les longues périodes.

Appliquée à la musique, cette loi implique que, face à un tempo rapide, nous avons tendance à vouloir ralentir, inversement, face à un tempo lent, nous sommes tenté d’accélérer.

Y-a-t-il un juste milieu? La réponse est oui, il se trouve environ à 94-96 pulsations par minutes, appelé « point d’indifférence ». C’est notre métronome interne en quelques sortes. Naturellement, nous voulons donc tendre vers ce point.

Karl Von Vierordt
La Musique du Futur

Nous savons que Beethoven avait un caractère très prononcé, il se démarquait des autres personnes par ses opinions, ses actions, ses paroles, sa musique. Certains racontent que lorsqu’il faisait travailler ses élèves, il était particulièrement sévère et exigent. Il les poussait vers leurs limites à tous les niveaux. Evidemment il désirait également que sa musique soit « à part ».

Son désir, semble-t-il, était donc de pousser les musiciens, les auditeurs, vers leurs limites.

Toujours sous tension avec son style musical presque agressif et maintenant avec ses tempos juste un peu au-dessus de notre métronome pour nous forcer à rester attentifs, vigilents.

La question reste toutefois, toujours la même: pourquoi? Grâce à tous les éléments que nous venons de voir, la réponse est désormais simple : comment rendre amusant un morceau ennuyeux? En accélérant !

Avec la découverte du métronome, Beethoven a peut-être eu une vision

de l’avenir et un moyen pour guider l’Homme à l’atteindre: accélérer les tempos, de plus en plus.

Visiblement, l’Homme semble être encore trop jeune pour les tempos de Beethoven, peut-être que dans 300 ans, nous les trouverons lents et nous jouerons la 5e symphonie à 160 à la noire ! La musique ne serait plus perçue de la même façon, y compris ses symphonies, c’est certain… Mais comme je le disais plus haut, bien qu’intriguante, cette hypothèse ne reste rien de plus qu’une hypothèse.

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